Le Festival du film d’Éducation


C’ est d’abord un festival de cinéma! Autour de l’Éducation, des films, des débats, des initiatives lycéennes‚  rassemblent la communauté éducative‚ les réalisateurs‚ les spectateurs... sur un regard soucieux de l’avenir de l’Éducation.
 Quand l’Éducation s’occupe de cinéma, elle participe à la construction de jeunes citoyens critiques face à toutes les images, dans lesquelles ils sont Immergés.Quand le cinéma s’occupe d’éducation, il participe à la construction d’une société humaine plus intelligente et solidaire.

Christian Gautellier

Directeur du festival


    • Philippe Meirieux, professeur des universités
    • 1er Festival en 2005

  • L’éducation est, de toute évidence, une question d’avenir. C’est même, par excellence, la question de l’avenir. Celle où s’incarne le mieux le « principe responsabilité » dont parle le philosophe Mans Jonas : « II faut que l’humanité soit. Il faut que l’humanité dure. Il faut que l’humanité soit plus humaine grâce à nos enfants. » Et pourtant l’éducation est aujourd’hui une question très largement éludée : esquivée par les politiques qui craignent, plus que tout, de « faire des vagues », maltraitée par la presse qui la confie systématiquement aux débutants-ou, plus souvent, aux débutantes -, absente des grands médias qui ne consentent à s’y intéresser que dans le cadre des traditionnels « marronniers » de la rentrée des classes ou du baccalauréat, elle ne perce, dans la production éditoriale, qu’à l’occasion de pamphlets qui dénoncent pêle-mêle la baisse du niveau, l’effondrement de l’autorité des enseignants, la démission des parents ou le laxisme des travailleurs sociaux .. C’est qu’aucun domaine ne prête plus à la caricature que l’éducation : la chose est compliquée, mais, quand même, tout le monde a sa petite idée sur l’enseignement de la lecture ou des langues vivantes, la manière de domestiquer « les barbares » et de civiliser les « banlieues ». D’où la multiplication des lieux communs. D’où des oppositions absurdes qui reviennent sans cesse dans la bouche de ceux-là mêmes qui affirment la nécessité de les dépasser : « se centrer sur l’enfant »... ou « transmettre des savoirs » ? « Affirmer l’importance structurante de la loi »... ou « se mettre à l’écoute des difficultés de chacun » ? « Apprendre à chacun les savoir-faire nécessaires à l’entrée dans la vie professionnelle »... ou « enseigner une culture générale qui permet de comprendre notre héritage » 1 Chacun récuse ces alternatives et, pourtant, nous les ressassons à l’infini ! C’est qu’en réalité, l’éducation ne fait pas bon ménage avec une pensée binaire, qu’elle ne peut pas être approchée en termes de « ou bien... ou bien . ». L’éducation échappe toujours aux catégories de la pensée facile. Foute l’histoire de la pédagogie en témoigne : de Pestalozzi à Freinet, de Don Bosco à Makarenko, de Montessori à Oury, les pédagogues"ont toujours tenté de se couiner » la chose éducative » en cherchant, à la fois et en môme temps, à intégrer eî à libérer. Il faut se mettre à la portée des enfants sans se mettre à leur niveau, sanctionner sans exclure, protéger sans déresponsabiliser. Il faut former à l’autonomie sans promouvoir l’individualisme, transmettre des valeurs en laissant l’autre choisir son propre chemin.. Rien qui ne soit possible sans s’inscrire dans la temporalité. L’éducation est affaire d’évolution, de passage, de transition, de continuités et de ruptures. L’éducation se fait en travaillant les contradictions dans l’histoire singulière de chaque sujet comme dans (’histoire collective de chaque génération. Regardons Itard et son « enfant sauvage » : même édulcorée par l’interprétation un peu trop sage de François Truffaut, la figure qui émerge ici est bien celle d’un homme pris dans la contradiction quotidienne entre le respect de la liberté de l’autre et son nécessaire dressage. Et c’est dans le Temps, grâce et en dépit de, ces contradictions, qu’émerge un peu d’éducation. Il se fabrique là quelque chose qui échappe aux débats - qui faisaient rage à l’époque - entre innéistes et empiristes et qui échappe aussi au débat- qui fait fureur aujourd’hui -entre laxisme et autoritarisme. Observons ce qui se trame dans les films de Doillon : une génération y est dépeinte dans son ambivalence à l’égard du monde et d’elle-même, prise entre la fascination de la transgression et celle du conformisme. Qui ne comprend que les adolescents et les jeunes adultes sont ainsi déchirés ne peut rien leur apporter ni leur apprendre Oui n’a pas fait l’expérience de cette difficulté à trouver la bonne distance entre la génération qui part et celle qui vient ne peut que s’abîmer dans l’esthétisme de la désespérance. C’est pourquoi le cinéma-comme la littérature est si précieux pour penser l’éducation. Il m’est arrivé d’affirmer au grand dam ris beaucoup de mes collègues universitaires-que la lecture du Sagouin de Mauriac était sans cloute plus déterminante dans la formation d’un éducateur que celle de l’œuvre psychologique de Piaget Je dirai volontiers de même pour les films de Bresson au regard des livres de Dolto. Non que je sous-estime l’apport de cette dernière, mais parce que le cinéma donne à voir ou, plus exactement, à regarder- la corporéité et la temporalité de l’entreprise éducative que les traités même les plus savants ne laissent qu’apercevoir, au détour d’une phrase, dans les interstices de la démonstration. Et le cinéma documentaire, dès lors que, selon la belle expression de Deligny, il s’attache à saisir « le moindre geste », dès lors qu’il fuit l’ l’évènementiel pour montrer ce qui fait évènement dans l’histoire des personnes, constitue un moyen infiniment précieux pour entrer dans l’intelligence de la chose éducative. Évidemment, il lui faut fuir l’obscénité comme la peste et s’astreindre à la retenue : quand tout est montré, il n’y a plus rien à penser. En revanche, quand le film d’éducation.travaille sur le symbolique, s’efforce de toucher ce qui fait sens sans entrer dans la surenchère des effets, il fait doublement œuvre éducative : d’une part, il permet d’accéder aux défis que nous avons tous à relever dès lors qu’après avoir eu, un moment, nos enfants dans les bras, nous nous retrouvons avec nos enfants sur les bras. Et, d’autre part, il est porteur de ce qui fait tenir l’homme debout, ce qui l’empêche de s’avachir dans le présent : le souci du futur.