Le Festival du film d’Éducation


C’ est d’abord un festival de cinéma! Autour de l’Éducation, des films, des débats, des initiatives lycéennes‚  rassemblent la communauté éducative‚ les réalisateurs‚ les spectateurs... sur un regard soucieux de l’avenir de l’Éducation.
 Quand l’Éducation s’occupe de cinéma, elle participe à la construction de jeunes citoyens critiques face à toutes les images, dans lesquelles ils sont Immergés.Quand le cinéma s’occupe d’éducation, il participe à la construction d’une société humaine plus intelligente et solidaire.

Christian Gautellier

Directeur du festival


    • FESTIVAL DU FILM D’EDUCATION D’EVREUX : VOIR L’ECOLE AUTREMENT
    • Chronique d’Emmanuel Davidenkoff, pour France Info

Direction Evreux aujourd’hui, et précisément le cinéma Pathé, où se déroule jusqu’à samedi la 9e édition du Festival du film d’éducation. 43 projections, 27 films en compétition, de la fiction, du documentaire, de l’animation, venus du monde entier. A quoi ça ressemble, un film d’éducation ?


  • Un film d’éducation ça ressemble d’abord à la conception que les organisateurs ont de l’éducation. Ce festival est organisé par les Céméa, une association née dans le bouillonnement du Front populaire pour former des éducateurs aux méthodes d’éducation dites nouvelles à l’époque. On parle donc d’éducation dans l’école mais aussi, beaucoup, hors de l’école ; on parle aussi d’enfants ou d’adolescents en difficulté auprès desquels les méthodes classiques marchent moins bien ; on parle enfin engagement éducatif et sociétal.

    Et ça se traduit donc dans la programmation.

    Oui. Quand la caméra entre dans des établissements scolaires, c’est dans un lycée des métiers, comme dans Etincelles, un documentaire d’Alexandra Santander tourné au lycée professionnel des arts du métal Ferdinand Fillod. Une année auprès de jeunes littéralement habités par la passion du geste juste, avec en arrière-plan une dimension quasi prométhéenne dans le rapport au feu, au fer, à la matière. Autre incursion dans un lycée avec Chantal Briet et l’Année des lucioles, qui s’intéresse à une "classe préparatoire aux écoles d’art" en Seine Saint-Denis. Comment devient-on artiste ? Là aussi, beaucoup d’émotion à travers la façon dont ces adolescents se confrontent à eux même. De l’art encore dans Les bonnes notes, de Pauline Blanc et Marielle Gros ; on est là à l’école primaire de Gardanne, ancienne ville ouvrière dans la banlieue de Marseille, où enfants, parents, instituteurs et musiciens partagent l’aventure d’un orchestre. On pense à l’expérience époustouflante de El sistema, une initiative lancée dans les années 1970 au Venezuela, un pays qui compte aujourd’hui pour 22 millions d’habitants, 250 000 jeunes pratiquant la musique classique au sein de 126 orchestres... Un système dont est sorti le jeune chef d’orchestre Gustavo Dudamel, qui dirige l’orchestre Simon Bolivar, mais aussi, comme chef invité, les ensembles symphoniques les plus prestigieux du monde.

    On est là aux marges du système classique... Plusieurs films s’intéressent aussi à ceux qui sont au bord de la route.

    Oui. Deux documentaires notamment sur des foyers qui accueillent des adolescents à la dérive, en Belgique et en France – ce dernier dans les Vosges, le film s’intitule Il ne faut jurer de rien et il est signé Anne-Marie Sangla. Un film qui nous invite dans le quotidien du travail d’éducateurs confrontés à la détresse et à la violence d’adolescents aux histoires familiales toutes plus fracassées les unes que les autres.

    Des regards aussi sur des initiatives plus lointaines.

    Oui. Exemple dans le sud de l’Inde avec l’aventure inouïe de ce vieux Brahmane racontée par Rémi Briand dans Le cercle. Agé aujourd’hui de 80 ans, cet homme a commencé à collectionner des livres quand il était enfant. Il a ainsi constitué un fond de dizaines de milliers de manuscrits, parfois très rares, qui étaient jusque-là livrés aux intempéries et à la moisissure. On assiste à la construction d’un centre pour héberger cette collection, la rendre accessible, et surtout la préserver – avec entre autre le concours de restaurateurs de la Bibliothèque nationale de France... Autre exemple au Sénégal dans Ladie’s Turn, d’Hélène Harder, qui suit l’organisation d’un tournoi de football féminin destiné aux filles des quartiers. L’objectif n’est pas sportif mais sociétal : il s’agit de faire bouger les représentations sur les femmes, de les libérer.

    On est effectivement loin de l’éducation au sens où on l’entend traditionnellement.

    Oui. Et c’est tout l’intérêt de ce festival, qui pourrait être placé sous l’égide de Jean-Luc Godard quand il disait que " c’est la marge qui tient la page ". On est effectivement aux marges de l’école, de l’éducation au sens classique, de l’institution, et pourtant, en creux, tout renvoie aux réussites ou aux échecs des systèmes éducatifs. Les réussites à travers l’implication formidable des enseignants, des éducateurs, des entrepreneurs sociaux ; les échecs à travers l’impuissance des systèmes traditionnels à s’adresser à tous les enfants – vous voyez finalement on n’est pas loin de l’actualité y compris récente, puisqu’on vient de passer le début de la semaine autour de l’enquête Pisa à déplorer l’impuissance de l’école à réduire les inégalités et l’augmentation du nombre d’élèves en grande fragilité.

    Pour voir ces films : direction Evreux ?

    C’est jusqu’à samedi. Direction aussi le site internet du festival, qui offre la possibilité de visionner tous les films de la sélection via une plateforme conçue par France TV éducation. Vous pouvez non seulement les voir et je vous y invite vivement, mais aussi voter, jusqu’au 23 décembre, pour le prix des internautes..