• ₪Regard critique sur trois films qui ont marqué la 11ème édition du festival

            

    • Gérard Bouhot l’un des responsables de l’édition décentralisée en Martinique, nous propose son point de vue après les projections de trois films qui n’ont pas laissé indifférent le public pendant ces 5 jours de festival.

    • A BLAST : Va te faire engueuler chez les Grecs ! (Syllas TZOUMERKAS / Grèce / 2014 / Fiction / 83min)

      Effectivement, on s’engueule copieusement dans ce film et pas toujours en termes triés sur le volet… Entre les sœurs, entre la fille et la mère, la fille et le père, belle-sœur et beau-frère, c’est à qui donnera de la voix. Aux chapitres ? Une famille qui renvoie à un pays au bord de l’explosion : tout éclate, tout vole en morceaux que rien ni personne ne semble en mesure de recoller. Il y a urgence à s’inventer une nouvelle vie, et c’est la seule issue possible vers laquelle s’engage Maria après avoir défoncé la frontière qui la sépare d’une vie jugée « malheureuse ». Paradoxalement, elle n’appartient pas à cette cohorte de femmes battues, des femmes en proie avec les démons de l’alcool. Seule ombre au tableau ( !) : un mari qui l’aime et l’aimera « quoiqu’elle fasse ». Elle a simplement le sentiment amer d’être passée à côté de sa vie… Aux rapports d’amour et d’ébats souvent très crus – surtout quand on nous mène en bateau…- se mêlent des scènes plus graves – le groupe de parole de femmes battues, la harangue d’un flot de reproches adressés par l’héroïne à son père, l’agression de sa mère handicapée – décrivant une famille et un pays en proie à ses questionnements – dont le symbole apparait sous la forme d’un héritage âprement disputé. Un film dur, éprouvant qui s’ouvre sur une évocation des droits de l’Homme. Ceux de la femme, ceux de Maria sont proches du parcours de la combattante…

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      PATIENCE, PATIENCE, T’IRAS AU PARADIS : Oui, mais quand ? (Hadja LAHBIB / Belgique / 2014 / Docu / 85min

      Tata Malouta détient la réponse, SA réponse. L’enfer sur terre, le paradis au ciel, c’est visiblement pas son truc. Elle qui a souffert durant son existence en connait un rayon – de soleil méditerranéen ? – et pour conjurer le sort, elle chante, elle slame son combat pour la liberté. Tata se revendique ouvertement femme libre et marocaine, femme marocaine et enjouée – une joie de vivre extrêmement communicative -. Tata retrouve des amies exilées depuis des lustres dans ce plat pays qu’est la Belgique, aux antipodes de la chaleur d’un Maghreb perdu. Une histoire belge ? Non, seulement une histoire de femmes. Et l’on assiste à un moment intense de vies, d’une bande de jeunes sexagénaires se complétant comme les pièces d’un puzzle. Le film prend parfois des allures de road-movie et on se prend à songer à la fabuleuse destinée de Thelma et Louise, fuyant une vie conventionnelle, ordonnée, sans surprises. Le paradis c’est où ? La Belgique ? Paris ? New-York ? Autant de destinations qui défilent sous nos yeux dérobeurs d’éclats de rire. Chacune de ces femmes a son histoire qu’elle livre au fil des rencontres, des histoires de soumission, d’intégration forcée, de désir d’existence vraie. Les cours d’alphabétisation se révèlent être un régal d’apprentissages désirés, partagés, vivants, des lieux de compréhension et de découverte. Le film invite à une réflexion sur le parcours d’intégration, la place de la femme musulmane dans une culture, une société aux codes et aux valeurs si différentes. Tata Malouta et ses comparses nous démontrent que l’islam peut et doit être une pratique d’ouverture. Alors le paradis ? Pas pour tout le monde hélas. Tata y a déjà réservé sa place alors que d’autres se contentent d’une concession dans un ailleurs moins réjouissant… A chacun sa croix !

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      SOLEIL DE PLOMB / ZVIZDAN (Dalibor MATANIC / Croatie / 2015 / Fiction / 123min)

      Ivan au bord du lac jouant de la trompette : va-t-il faire trempette ? En fait, il va nous plonger dans le drame de sa vie construite comme une passerelle…L’(phil)harmonie sera hélas de courte durée. Premier volet d’un triptyque très habilement conçu par Dalibor MATANIC, s’étalant sur trois périodes de l’histoire de cette partie des Balkans. Une mère tente d’oublier, de (se) reconstruire sa maison mais aussi sa famille décimée par la guerre. Dans le second volet, c’est une nouvelle porte, poncée avec soin qui servira de lien entre deux victimes de camps adverses. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, parait-il ! En l’occurrence, la porte était ouverte, laissant entrevoir des ébats charnels et acharnés sur un coin de table. Belote et rebelote… Cette scène scellant le rapprochement serbo-croate ne me semble pourtant pas servir ce très beau film plein d’émotions suggérées, comme ce plan sur cette longue route déserte - le chemin semble long jusqu’à la réconciliation –. La troisième et dernière histoire nous confronte à un univers d’insouciance, celle d’une jeunesse en mal de repères – la guerre est finie depuis vingt ans –, une jeunesse qui se retrouve dans la fête, l’alcool et la drogue, une jeunesse qui tente sans doute d’oublier les années de plomb et de cendres traversées par leurs parents, une jeunesse qui s’invente un autre itinéraire. Trois histoires distinctes et distantes chacune d’une décade, avec en toile de fond le ressentiment, les bribes de haine mal digérée, persistantes et qui entravent les relations entre deux communautés à la fois proches et éloignées. Comment oublier ce passé fait de massacres de part et d’autre ? Histoires où l’amour le dispute à la haine, subtilement entrelacés comme les corps de Nata et d’Ante qui par une étreinte passionnelle retissent des liens perdus. Le lac omniprésent paraît être le lieu de l’immersion, de l’oubli, du retour à une époque insouciante où l’autre n’était pas encore ressenti comme envahisseur, où les communautés cohabitaient sans grande difficulté. Le parti pris du réalisateur et du scénariste de recourir aux mêmes acteurs – magnifiques Tihana Lozavic et Goran Markovic qui nous fait partager leur douleur – pour tracer trois destins différents avec pour seul fil conducteur l’appartenance à des communautés distinctes qui se cherchent, s’évitent, se retrouvent, font la fête, ce parti pris déroute tout en permettant de vivre, de mourir et de renaître, et donc de continuer à exister malgré les vicissitudes de l’éclatement d’un pays. Le soleil réchauffera sans doute les cœurs mais le plomb continuera de peser sur ces vies malmenées.

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